The Big Turkey Day
Grand adorateur de « Pumpkin pie » et de « Turkey », chères curieuses, chers curieux, je dois vous avouer que c’est avec un immense bonheur je viens de me « farcir » un long week end de Thanksgiving.
A cette occasion, j’aimerais vous expliquer comment votre humble professeur a redonné un brin de folie et de gaieté à cette vieille tradition américaine.
Mais avant toute chose, pour vous mettre en appétit, permettez moi de rappeler succinctement aux ignorants ce qu’est la magie du 4ème jeudi de novembre aux « States » (et le 2ème lundi d’octobre au Canada) à l’occasion Thanksgiving.
Sans me convertir en professeur d’Histoire des colonies, il est bon de rappeler que notre bien aimée « Amérique » a été colonisée par les européens à partir du 15ème siècle (et découvert bien avant cela par des pêcheurs basques, irlandais, vikings, etc.). Vous savez tous que la chaleureuse rencontre qui s’en suivit, entre les européens et les indiens d’Amérique, a conduit à une légère baisse de population côté « peaux rouges ». Toutefois, leurs épisodiques rencontres ne furent pas uniquement ponctuées de chamailleries et de dépigmentation capillaire.
Il y eu un temps où les gens savaient se parler ! Thanksgiving vient en quelque sorte fêter cette vieille tradition qui consistait à faire s’asseoir des peuples de nations différentes pour qu’ils communiquent sans pour autant se donner des coups de haches sur le crâne.
L’origine de cette célébration nous vient d’une rencontre entre des pèlerins venus d’Angleterre et des Indiens du Nord-Est des Etats-Unis. La scène se déroule à Plymouth Rock dans l’état de la Nouvelle-Angleterre (d’ailleurs on n’a jamais su pourquoi ils n’ont pas appelé cette terre « Vieille Terre d’Indiens»). En 1620 quelques 102 « Pilgrims », arrivés par le célèbre Mayflower, débarquèrent sur une nouvelle terre pleine de promesse. N’ayant pas consulter de Lonely Planet avant de partir, et pour cause les premiers numéros étaient limités à l’Afrique en ce temps là, nos chers pèlerins allaient découvrir qu’on se les caille sévère en hiver en Nouvelle-Angletterre. Près de la moitié des pèlerins succombèrent durant ce terrible hiver.
Malgré ce drame, l’accueil que les natives américains s’est révélé fort agréable. Ces derniers les aidant même à supporter la rigueur hivernale en leur apportant quelques vivres. Une relation de bon voisinage en quelque sorte. Un an après, en 1621, la moisson estivale fut généreuse. Pour remercier cet « état de grâce », les pèlerins invitèrent les indiens à partager leurs denrées lors d’une fête pour célébrer la générosité du dieu « Climat » et pour leur montrer leur gratitude de leur avoir permis de s’installer sans se faire scalper. Quoiqu’on en dise, cette première origine fait penser à une bonne vieille fête de moisson « so british », tout simplement. En y regardant de plus près, on s’aperçoit tout de même qu’il y a un léger parfum d’histoire à l’américaine où une certaine morale de bien et de partage avec son prochain semble se dégager.
Au gré des aléas climatiques de l’époque, les pèlerins durent faire face à d’autres saisons difficiles. En 1676, peu après des années de sécheresse particulièrement sévères, on retrouve trace d’une nouvelle célébration de Thanksgiving, proclamée le 20 juin… Et puis comme ça, on va observer des changements dans la date de l’événement. En fait, chaque président, maire, prêcheur, professeur, boucher, éleveur ira de sa date… « Tiens, le 15 mai c’est pas mal, on est mi-mai, on devrait faire un truc » ou « Moi, j’ai la naissance de la petite le 28, alors je remercie dieu pour sa miséricorde, on devrait faire ça le 4 mars.. ». Thanksgiving partait à vau-l’eau.
Il faut attendre 1941, en pleine Deuxième guerre mondiale d’Europe, pour que Frankie Roosevelt, décide une bonne fois pour toute que Thanksgiving ce sera le 4ème jeudi de novembre et que cela sera un jour férié national ! Hallelujah ! Désormais, on fête Thanksgiving tous les ans à cette époque et le côté religieux, action de grâce et danse de la pluie a été remplacé par des bières, de la Cranberries sauce, une bonne grosse dinde. D’ailleurs, arrêtons nous deux secondes sur cette dinde. Why the turkey ? Animal originaire du continent nord américain, on peut supposer que cette grosse baudruche devait être assez facile à attraper et qu’ils en avaient tellement à « bouffer » qu’ils se sont dit « invitons les indiens, ce sera l’occasion de vider nos stocks de dinde, car on n’en peux plus » !

En dépit de ce bref rappel historique, j’en entends qui se gargarise en prétextant que Thanksgiving c’est avant tout un carnage de dindes, atrocement sacrifiées pour nourrir 300 millions de gros américains qui ne comprennent rien aux choses de la vie…Qu’ils vont juste être plus nombreux autour d’une table, boire des litres de « Budweiser », qui est une bière de kéké, tout en invectivant des bibendums en train de jouer au football dans un stade de 100 000 personnes où les spectateurs sont encore plus gros !!!
« All Right !!! »
Mais ça fait parti de la magie. Chaque peuple a ses traditions et il faut l’avoir vécu pour comprendre la magie qui entoure cette fête…
Bon, je ne vais pas me lancer dans une longue défense des vertus sociales de Thanksgiving outre atlantique, mais je vais vous conter une histoire qui s’est déroulée il y a plusieurs décennies.
Cela remonte à l’époque où j’étais parti étudier
les canards cul nu à chemise. Après avoir été mis en fuite, j’ai erré dans divers états comme l’Indiana, l’Iowa, le Missouri ou le Wyoming du sud. Je n’en n’avais jamais parlé mais à cette époque j’ai rencontré tout un panel de natives américains et de descendants de pèlerins. Ignorant jusqu’à leur nom, vous imaginez bien que je ne pouvais me douter de l’existence d’une vieille tradition qui était de manger une dinde entre colons et natives.
Bien m’en ai pris de vouloir m’inviter à cette fête de l’action de grâce et de la tolérance. C’est ainsi que je me suis retrouvé un fameux 4ème jeudi de novembre dans la réserve indienne de Chapel Town, dans le Dakota du Nord. Pressentant un esprit de fête, je me mis en tête de découvrir l’essence de cet élan festif qui anime la réserve.
Après avoir entendu « Ecailles fourrées » me raconter la tradition de son peuple, j’en déduisis que « Poney Volant », le grand chef, avait décidé de mettre fin à cette mascarade qui consiste à rejouer la rencontre historique entre les pèlerins et les indiens au centre de chaque ville ou bourgade que compte ce pays.
N’ayant pas festoyé depuis de longues semaines, je m’attela à encourager « Poney Volant » et sa femme « Anguille Quinante », de se rendre à Chapel Town, pour célébrer l’action de grâce et la paix avec les visages pâles… Suite à mes nombreuses argumentations, « Ecureuil bancal » (en raison de sa jambe de bois) me surnomma assez curieusement « Vipère agile ».
Toutefois, après plusieurs heures d’âpres négociations, je convainquis « Poney volant » de se rendre à la commémoration de Thanksgiving. Toute la tribu s’affaira à endosser les costumes traditionnels, à maquiller les enfants… Ils n’oublièrent pas de m’affubler d’un costume spécial « étranger blanc qui veut jouer à l’indien ». Cela ne me déplaisait pas, du moment que je pourrais m’empiffrer de dinde et de tarte à la citrouille.
Aux cœurs heureux, l’insouciance !
La fin de l’histoire ne se déroula pas comme je l’avais prédit. Et cette journée aura été marquée comme l’une des plus noires de Chapel Town. En essayant de divertir l’assemblée présente, histoire de rapprocher les deux communautés, j’ai eu le malheur de mal interpréter la langue indienne et ces coutumes. En voyant s’exécuter des danses tribales d’une sensualité hors norme, j’ai cru que les femmes indiennes m’invitaient à partager leurs couches. N’écoutant que mon instinct (et n’étant pas tout à fais remis de ma période de détention chez les canards cul nu à chemise), je m’accoupla avec presque toutes les femmes majeures de la tribu. Mais le plus incroyable, c’est que la population masculine de Chapel Town cru que cette fête du slip était aussi pour eux. Ainsi, tous les hommes partirent s’accoupler avec les femmes indiennes.

En voyant cela, le sang de « Poney volant » ne fit qu’un tour et décida de venger ces femmes heureuses et comblées en s’accouplant avec toutes les femmes de descendances pèlerines de Chapel Town…A cause de ma non volonté à courir après une femme quelqu’elle soit, j’ai réduit à néant la tradition. Aujourd’hui la tribu indienne et la population pèlerine de Chapel Town sont tellement mélangées qu’on ne sait plus qui est qui. Si l’intégration a réussi, et qu’ils ne forment plus qu’une grande famille (où il y a peut être des petits professeur Boilot), la tradition a perdu de son charme puisque plus personne ne sait se déguiser en Indien digne de ce nom. Sans oublier que les descendants des pèlerins n’ont plus aucune idée de savoir comment on cuisine une bonne dinde…
Vous voyez que parfois, en pensant bien faire, le résultat peut aller au-delà de toute espérance…
A mon corps défendant, je me suis promis de ne plus jamais me mêler des traditions des autres peuples… avant d’avoir manger. Aujourd’hui, j’ai appris à me raisonner et à épargner aux peuples du monde mon intervention professorale lors de leurs célébrations traditionnelles. Malgré tout, je dois avouer que j’ai un gros faible pour le nouvel an chinois en ce moment...
D’ici là, j’espère que vous aurez la chance de partager la magie de Thanksgiving avec des amis, de la famille ou des inconnus et que cela vous donnera envie de la partager...
Amen !